Sciences Po Grenoble 2019 : présentation et corrigé de l’épreuve sur ouvrage

Découvrez tout ce qu’il faut savoir sur l’épreuve d’ouvrage d’histoire contemporaine de Sciences Po Grenoble. En 2019, l’ouvrage sélectionné est celui de « Retour à Reims » de Didier Éribon.

Présentation de l’épreuve d’ouvrage d’histoire contemporaine de Sciences Po Grenoble

L’entrée à Sciences Po Grenoble se fait par concours. Le concours est réservé aux candidats bacheliers (ou titulaire d’un diplôme équivalent). Environ la moitié des admis est en bac0 et l’autre moitié en bac+1.

Les épreuves du concours 

Le concours est composée de 2 épreuves écrites (durée totale : 5 heures) :

  • Une épreuve de langue étrangère (allemand, anglais, espagnol, italien ou arabe au choix du candidat) – durée de l’épreuve : une heure (coef. 1)
  • Une épreuve sur un ouvrage d’histoire contemporaine ( composée de deux questions sur l’ouvrage – chacune notée sur 3 – et une dissertation sur l’ouvrage liée à l’histoire et l’actualité.  – durée de l’épreuve : 4 quatre heures (coef. 3)

Attention, la note zéro à l’une des épreuves s’avère être éliminatoire pour l’élève.

L’inscription au concours

Les inscriptions se font en ligne sur le site sciencespo-genoble.fr. Les frais d’inscription s’élèvent à 150 € (50 € pour les boursiers). Le concours Sciences Po Grenoble 2019 a eu lieu le samedi 4 mai 2019.

Sujet de l’épreuve d’ouvrage d’histoire contemporaine de Sciences Po Grenoble du 4 mai 2019 

L’épreuve se déroule en deux parties, la première repose sur des questions sur l’ouvrage et la seconde sur une dissertation.

La première partie : Les questions

« Ce n’était pas «le rôle d’une femme d’aller travailler en usine» » : à quoi renvoie cette perception ?  (3 points)

A quoi fait référence Didier Eribon en affirmant qu’ «on éprouve dans sa chair l’appartenance de classe lorsqu’on est enfant d’ouvrier» ? (3 points)

La seconde partie : la dissertation

À partir de l’ouvrage de Didier Éribon et de vos connaissances personnelles, vous traiterez du sujet suivant :

Si ce que nous sommes se situe à l’intersection (…) de plusieurs «identités», faut-il «choisir entre différents combats menés contre différentes modalités de la domination ?» (D. Éribon, p. 245)

Synopsis de l’ouvrage « Retour à Reims » 

Retour à Reims est un ouvrage sociologique et politique. Il se construit autour du logique de la norme, de ce qui la compose et de ce qui la conteste. Didier Éribon se livre à une démarche auto réflexive et critique de son passé et son présent. Il ne s’agit pas d’un ouvrage “confession” mais plutôt d’une “expression de soi”. L’analyse du soi devient rapidement la ligne conductrice du livre de Didier Éribon. L’auteur raconte dans les premières pages les raisons de son départ de Reims, de la rupture avec sa famille puis de sa fuite vers Paris pour ses études. Il analyse ainsi son changement de classe, en quittant un monde “ouvrier” vers un autre “bourgeois”. Il raconte comment il a été amené à lutter contre des normes en adoptant d’autres normes… il multiplie les renversements tout au long de son écrit.

Le corrigé 2019 de l’épreuve d’ouvrage d’histoire contemporaine de Sciences Po Grenoble

Question 1 : « ce N’ETAIT PAS « LE Rôle d’une femme d’aller travailler en usine » : a quoi renvoie cette perception ?

Dans son ouvrage “ Retour à Reims”, Didier Éribon renvoie le lecteur à l’idéologie de la bourgeoise du peuple qui se retrouve contrainte à travailler comme ouvrière, une situation d’échec pour l’honneur de l’homme du foyer et de la représentation de la famille. «Mon père eut beau ressasser que ce n’était pas «le rôle d’une femme d’aller travailler en usine», se sentir atteint dans son honneur masculin de n’être pas en mesure de subvenir seul aux besoins de son foyer, il lui fallut se résigner et accepter que ma mère devienne «ouvrière», avec tout ce que ce mot charriait de connotations péjoratives : des femmes «délurées» qui parlent «cru», et peut-être même couchent «à droite et à gauche», bref, des «traînées»…

Question 2 : À quoi fait référence didier Éribon en affirmant qu’on éprouve dans sa chair l’appartenance de classe lorsqu’on est enfant d’ouvrier ?

Comme le mentionne Didier Éribon, “les hiérarchies du monde social” sont perçues par l’enfant ouvrier comme des privilèges de vie du quotidien auquel il n’a pas accès. Bourdieu et son poids de l’habitus est omniprésent dans la perception des classes sociales des protagonistes de l’ouvrage. Il s’agit avant tout d’insister sur la reproduction constante des classes sociales entre les générations.

Pour aller plus loin, il est intéressant de mentionner cet extrait de l’ouvrage  “Retour à/retour sur… Sociogenèse d’un paradigme heuristique” de Fabrice Thumurel  :

“D’où, comme l’ indique Annie Ernaux dans sa récente contribution au volume collectif Bourdieu et la littérature, le «devoir impérieux de revenir au premier monde social, aux corps d’origine et d’en faire œuvre». Transformant le concept bourdieusien de  contrainte par corps» en «preuve par corps», elle rend compte de la «vérité sensible», de l’émotion rationnelle faite «de reconnaissance et de connaissance» qui s’impose à un moment donné comme une évidence : «La preuve par corps, c’est cela, la ratification de la théorie par la mémoire la plus enfouie et la plus douloureuse.» Cette perspective nous met à même de mieux saisir en quoi est anti-proustien le processus à l’œuvre chez Annie Ernaux et Didier Éribon : selon un réflexe post- traumatique d’ordre mémoriel et réflexif, ce qui est retrouvé n’est pas ce qui est «digne d’être retrouvé», mais au contraire l’indigne, c’est-à-dire tout ce qui avait été «enfoui comme honteux» (p. 243) ; il ne s’agit donc pas de retrouver le temps perdu dans toute son ampleur pour le transcender par l’œuvre, de subsumer le fugitif dans la création  intemporelle, mais plus modestement de s’assumer par le travail scriptural, de convertir la honte en orgueil par la prise en charge de soi dans l’auto-analyse.”

À partir de l’ouvrage de Didier Éribon et de vos connaissances personnelles, vous traiterez du sujet suivant :

Si ce que nous sommes se situe à l’intersection (…) de plusieurs « identités », faut-il « choisir entre différents combats menés contre différentes modalités de la domination ? » (D. Eribon, p. 245)

Deux concepts forts étaient à mettre en avant dans la dissertation :

1er concept fort : l’identité 

Comme le met en avant l’énoncé, la notion d’identité est à développer tout au long de l’essai de l’étudiant. Disserter sur la notion d’identité puis sur ses multiples dissociations permettait ainsi de confronter les luttes historiques contre les différentes perceptions de la domination. Le point de vue ouvrier puis le point de vue bourgeois coexistent et s’introduisent, comme le point de vue de l’hétérosexuelle et celui de l’homosexuelle.

2e concept fort : la domination

Pour cette dissertation, l’équipe pédagogique Cours Thalès préconise de s’appuyer sur les différentes notions liées à la domination. Faire appel à Max Weber dans l’essai demandé permet de structurer les aspects relatifs à la domination dès l’introduction.  Le père de la sociologie moderne allemand établit ses essaies autour de 3 notions fortes de domination facilement utilisables pour votre argumentation :

  • La domination charismatique (une personne domine par son charisme, son comportement héroïque, devant un chef naturel plébiscité. L’expression de “charisme est associée à celle de valeurs données à… )
  • La domination traditionnelle
  • La domination légale-rationnelle (érigé par une bureaucratie et  induisant un abandon de la passion du pouvoir, une absence de décisions irrationnelles), cette domination devrait être celle propre à notre société.

Il est nécessaire de prendre du recul sur ces concepts qui peuvent être assemblés lors de votre écrit. Le processus d’assujettissement est à interroger autour du sujet, de ses normes et de ses relations sociales.
Le livre autobiographique du sociologue Didier Eribon appuie sur le groupe dominé et minoritaire où le mode de vie est déprécié.

Conclusion

Comme pour toute dissertation, il est impossible d’imposer un essai avec un corrigé type. Toutefois, il était attendu des étudiants une analyse portant sur :

  • La notion de soi du sociologue et de celle de l’individu.
  • Aux autres soi à qui ils s’adressent et qu’ils affectent.
  • Les conditions sociales possibles d’un sujet actif et autonome, instable et précaire…

Il était essentiel de mettre l’accent sur “les sujets attentifs à soi et au monde social, les sujets instables, (…) sans identité ou aux identités plurielles et relatives, chacune ne cessant de faire retour à l’intérieur de l’autre.”

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