Les épreuves de spécialité du Bac décalées à juin

Lycée

Le Baccalauréat fait partie du paysage scolaire en France depuis des temps que l’on pourrait qualifier d’immémoriaux. Passage obligé et redouté, il tétanise souvent jusqu’aux meilleurs élèves, tant son enjeu est important : il reste le sésame ouvrant la porte aux études supérieures. La récente réforme majeure, mise en œuvre dès 2020, avait pour objet, entre autres, de développer la prise en compte du contrôle continu tout en introduisant de nouvelles épreuves : les épreuves de spécialités. Au-delà du fond, qui fut également contesté, c’est le calendrier proposé qui focalisa l’inquiétude. Les récentes déclarations du ministre de l’Éducation, modifiant les dates des épreuves, vont-elles répondre aux nombreuses interrogations suscitées par la réforme ?

La réforme Blanquer et les épreuves de spécialité

La réforme Blanquer est venue bouleverser le second cycle, introduisant des innovations qui suscitent encore de vifs débats. Le « nouveau Bac » repose ainsi sur de multiples briques : épreuve de français en fin de Première, contrôle continu sur les années de Première et de Terminale, deux épreuves de spécialités, une épreuve de Philosophie ainsi qu’un Grand Oral.

Le principe des épreuves de spécialité

Principales nouveautés avec le Grand Oral, les épreuves de spécialité visent à personnaliser le parcours des élèves selon leurs affinités et leurs projets d’études futures. En Première, le lycéen choisit trois matières de spécialités parmi plus d’une dizaine d’options. Cela lui permet de les travailler en profondeur. En fin de Première, il garde deux des trois spécialités pour l’enseignement de Terminale. 

En choisissant ces spécialités, les élèves ont l’opportunité de mettre en avant leurs compétences spécifiques et de préparer ainsi de manière plus ciblée leurs études supérieures. C’est une tentative d’adapter le cursus classique à une génération d’élèves aux aspirations diverses. Est-ce pour autant une bonne réponse à la question de l’orientation ? Les avis divergent, mais le problème qui a provoqué des alertes de toutes parts n’est pas là.

Un calendrier qui coince depuis l’origine 

Les épreuves de spécialité, dans l’esprit des architectes de la réforme, étaient pensées pour se tenir dès le mois de mars. Pour quelle raison ? Afin d’être prises en compte dans la procédure Parcoursup de choix des études supérieures. En effet, une session d’examens en mars permet de disposer des notes avant la fin avril, soit avant que les lycéens ne déposent leurs demandes. Organiser les épreuves plus tard aurait interdit d’intégrer les notes de ces épreuves à la procédure, diminuant l’effet même de la réforme : l’idée est bien de mettre les matières choisies en avant dans la sélection opérée par Parcoursup. Représentant 32 % de la note globale du Bac, ces deux épreuves devaient peser à la fois dans l’obtention de l’examen et dans les critères de sélection. 

La crainte des enseignants et des fédérations de parents d’élèves portait sur le risque de déséquilibre de l’année de Terminale. Toutefois, la mise en œuvre de la réforme ayant été heurtée de plein fouet par l’intrusion du Covid, les épreuves de spécialité ont été reculées au mois de juin de 2020 à 2022. Il a fallu attendre l’année scolaire 2022-2023 pour tester, dans son intégralité, les conséquences de la réforme.

Une levée de boucliers générale

Et 2023 a bien montré les faiblesses du dispositif ! Syndicats, enseignants, parents, élèves, ce qu’ils redoutaient s’est produit à deux niveaux. 

La conséquence la plus visible s’est manifestée par une désaffection des classes de Terminale au troisième trimestre. Rien de plus logique. Découvrant leurs notes des épreuves de spécialité dès le mois d’avril, les élèves ont à cette date connaissance de 82 % de l’ensemble de leur note de Bac : contrôle continu (40 %) + épreuve anticipée de français (10 %) + épreuves de spécialité (32 %). Une partie importante des élèves sait déjà qu’elle a le Bac en poche, certains pensent ne pas l’avoir. Autant de motifs de démotivation pour ne pas venir en cours. Si bien qu’on estime à 30 % le pourcentage moyen d’absentéisme dans les classes de Terminale au dernier trimestre 2023.

L’autre effet pervers de ce calendrier est, selon nombre d’enseignants, une désorganisation des apprentissages. Le poids des épreuves de spécialité dans la note du Bac comme dans la sélection Parcoursup incite les lycéens à se focaliser sur ces deux matières, au détriment des autres. De même, les enseignants doivent terminer le programme des spécialités au second trimestre, les obligeant à faire l’impasse sur d’autres matières. 

Les syndicats ont relayé ces préoccupations et dysfonctionnements, demandant une révision urgente du calendrier. 

Un décalage annoncé des épreuves de spécialité en juin

Devant cette vague d’inquiétudes, le gouvernement a dû repenser le calendrier des épreuves de spécialité. Dès le mois de mai 2023, le ministre de l’Éducation d’alors, Pap Ndyaie, pointait lui-même ces difficultés et déclarait réfléchir à un aménagement. Son successeur, Gabriel Attal, a fait un pas de plus en annonçant une révision du calendrier.

Décaler les épreuves de spécialité : une décision bien accueillie

Partant du constat que, s’il « y a eu des avancées avec la réforme du Bac… Il faut être pragmatique et regarder ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas », le nouveau ministre de l’Éducation a ainsi annoncé plusieurs aménagements de la réforme. En tout premier lieu, la mesure attendue de toutes parts : les épreuves de spécialité se dérouleront désormais en juin. 

Cette décision a été accueillie avec un soupir de soulagement. Les enseignants ont salué cette initiative réclamée dès 2019. Cela leur permettra de mieux équilibrer leur programme sur l’ensemble de l’année sans recourir à une « marche forcée » plutôt contre-productive. 

Cela répond également au « crash » du troisième trimestre et doit permettre de reconquérir plusieurs mois d’apprentissage. Les lycéens pourront ainsi étudier plus sereinement jusqu’au début du mois de juin. Les épreuves seront ainsi de nouveau rassemblées en fin d’année scolaire, le mois de juin voyant se succéder les deux examens de spécialité, l’épreuve de Philosophie et le Grand Oral. Presque un retour à la normale ?

Un allégement du programme de l’épreuve de français   

Le décalage n’est cependant qu’une partie de la solution. Les enseignants de Français en Première pointaient également un programme de préparation aux épreuves anticipées de français trop lourd. Afin de pallier le rythme « insoutenable » imposé aux professeurs de français et à leurs élèves depuis la réforme, le ministre a également annoncé que le nombre de textes à travailler serait réduit de 20 à 16. Une mesure qui a pour objectif de rendre ces épreuves plus digestes tout en conservant leur rigueur académique. 

Des questions en suspens 

Réponses à des critiques presque unanimes, ces mesures saluées de tous laissent cependant plusieurs questions en suspens. Autrement dit, suffiront-elles à rendre la réforme complètement opérationnelle, ou celle-ci nécessitera-t-elle d’autres aménagements ? 

Le calendrier Parcoursup doit-il changer ? 

La date très précoce des épreuves de spécialité avait, semble-t-il, un but unique : permettre leur prise en compte dans la procédure Parcoursup. Les décaler en juin interdit de facto une telle possibilité, du moins pour le premier tour des choix. Or, s’en priver n’est-ce pas affaiblir sensiblement l’effet de la réforme ? Pensée pour améliorer l’orientation, celle-ci perd alors une partie de son intérêt.  

Mais retarder le début des inscriptions sur Parcoursup paraît irréaliste. Les établissements d’études supérieures ont besoin de recevoir les candidatures au plus tôt, afin de travailler à leur propre sélection et d’être prêts à recevoir les nouveaux étudiants dès la rentrée de septembre. 

Le ministère envisage-t-il de modifier d’autres pans de la réforme, en jouant plutôt sur les deux années de Première et de Terminale ? Pour l’instant, aucun signe ne va dans ce sens. 

L’interrogation sur le maintien des fondements mêmes de la réforme est d’autant plus vive que le ministre a également annoncé une modification du Grand Oral. Conçu pour préparer les candidats à la prise de parole, il comportait jusqu’à présent deux volets. Dans les 15 minutes de présentation par le candidat, 5 étaient consacrées à la justification du choix des deux spécialités dans son projet post-Bac. Cette partie serait supprimée, alors que celle consacrée aux savoirs acquis pendant le lycée serait étoffée. 

L’organisation de l’année scolaire et le mois de juin

Le mois de juin, traditionnellement dédié aux épreuves finales du Bac, voit son organisation remise en question. Comment s’articuleront les épreuves traditionnelles et celles de spécialité ? Cela signifie-t-il une intensification des examens sur une période plus courte ?  

De plus, les enseignants sont sollicités pour la surveillance et la correction d’autres examens à ces périodes. Une telle organisation nouvelle ne sera pas si simple à mettre en place rapidement. Ne court-on pas vers de nouveaux ratés lors de cette organisation ?

Si les syndicats d’enseignants comme les associations de parents d’élèves apprécient les efforts du ministre, beaucoup demeurent dans l’expectative. Tout d’abord, apprendre une semaine avant la rentrée ces modifications importantes qui rejailliront à la fois sur le contenu des cours comme sur la progression pédagogique est assez peu apprécié. Par ailleurs, on l’a vu plus haut, nombre de questions sont aujourd’hui sans réponse. Enfin, personne ne sait plus exactement si ces modifications proposées en urgence sont destinées à améliorer tout le potentiel de la réforme ou un premier pas pour discrètement tourner la page. 

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