La lettre du ministre de l’Éducation Pap Ndiaye aux professeurs

Lycée

Le nouveau ministre de l’Éducation, Pap Ndiaye, nommé le 20 mai 2022, a directement communiqué avec les enseignants dans une récente lettre. Il a présenté, en filigrane, ses projets pour la prochaine rentrée et a tenu a remercier le corps professoral pour son implication.

La lettre du ministre en intégralité

Chères professeures, chers professeurs,

Je suis heureux de vous écrire directement, avec la charge d’un ministère qui a structuré non seulement ma carrière mais façonné ma vie. Je le fais comme le professeur des universités que je suis, fils d’une professeure du second degré. La transmission familiale de ce métier est une histoire largement partagée, qui dit quelque chose de sa valeur. Elle dit ce qu’il contient de si singulièrement affectif et de si entraînant : la conscience d’une mission assez vaste pour conduire toute une vie et, au-delà, pour se poursuivre avec la génération suivante.

Vous enseignez tous les jours aux enfants et aux adolescents de ce pays dans les écoles, collèges, lycées généraux, technologiques et professionnels. Dans vos classes, vous créez le rythme et les conditions d’une conversation singulière qui sera provisoirement suspendue dans quelques jours, lors des vacances d’été, mais dont le souvenir peut marquer leur vie comme il a marqué la mienne. Cet enseignement est tourné vers la connaissance. Vers l’estime de soi et des autres. Vers la possibilité pour chacun de tracer son chemin.

Vous leur parlez à l’âge où l’on cherche des repères, des convictions, alors que notre époque est souvent en défaut de les offrir. Nous traversons une période de suspicion dans le bien commun de notre République. Parce que dans l’enceinte de l’école plusieurs générations se côtoient, parce qu’à travers vous l’État y rencontre tous les jours les citoyens et futurs citoyens, nous avons une mission décisive. La variété de vos disciplines, qui reflètent la complexité de l’expérience humaine, peut élever un abri contre les préjugés de toutes sortes. Votre parole, qui tient compte des vulnérabilités de la jeunesse tout en préparant chaque élève à sa vie future, peut enrayer les replis qui sont consolateurs en apparence, dévastateurs en réalité. Collectivement, nous pouvons faire en sorte que de jeunes esprits ne soient pas attirés par le ressentiment et le pessimisme. Nous avons pour tâche de leur parler d’autres avenirs.

Ma discipline, l’histoire, m’enseigne aussi combien l’institution scolaire a pu se transformer depuis les débuts de notre République et qu’il nous échoit de la faire évoluer.

Récemment, le lieu de la classe et les conditions de votre travail ont été affectés par la pandémie qui a abîmé la régularité des relations entre les élèves et l’École, obligé professeurs et élèves à se parler à travers des masques, à adopter des protocoles sévères. Je salue la solidarité et l’énergie avec lesquelles vous avez accompagné cette crise si éprouvante pour la jeunesse et pour nos personnels. Je suis heureux de pouvoir commencer le travail commun alors que des conditions normales semblent à nouveau réunies.

Je voudrais vous faire part de quelques grands axes de notre ministère. Il ne s’agit pas d’une feuille de route détaillée, mais plutôt des grandes directions stratégiques qui seront les nôtres.

Le premier axe est celui de la lutte contre les inégalités sociales. Alors qu’elle promet de traiter à égalité tous les élèves, nous savons que l’École peine à donner à tous les mêmes chances de réussir. Cette promesse non tenue fait de l’ombre à nos actes. Elle entrave le développement économique de notre pays, elle nourrit la défiance à l’égard des institutions républicaines. Et elle nous meurtrit, parce que nous sommes dans ce métier pour donner la possibilité à chaque jeune de s’épanouir, et non en laisser sur le bord de la route. Nous allons renforcer ce qui existe déjà, innover quand il le faut, pour que les inégalités de naissance soient mieux combattues par l’École. Il est de ma responsabilité de prendre en charge le drame de l’injustice que nourrit notre système scolaire en ne permettant pas suffisamment aux plus pauvres d’espérer transformer leur condition sociale.

Le deuxième axe est l’accent mis sur les savoirs fondamentaux. Le socle de notre École est de garantir à tous nos élèves la maîtrise des savoirs fondamentaux, ces savoirs nécessaires pour aller vers le monde. La priorité continuera d’être donnée au français et aux mathématiques : dans les enseignements dispensés à nos élèves jusqu’à la fin de la sixième ; dans la formation de nos professeurs des écoles à travers la poursuite des plans français et mathématiques et le lancement l’année prochaine d’un plan maternelle ; dans l’évaluation enfin des acquis des élèves.

Au lycée, vous le savez, j’ai décidé dès cette rentrée d’introduire les mathématiques dans le tronc commun en classe de première générale pour donner à tous les élèves un socle commun de connaissances et de compétences en mathématiques utiles à leur vie sociale et professionnelle.

Dans l’esprit de donner en partage des savoirs qui permettent d’autres savoirs, il est de même indispensable de promouvoir la lecture. Elle est le meilleur moyen pour chacun d’aller au-delà de lui-même, d’aller à son rythme le plus loin possible.

Le troisième axe est le bien-être des élèves. Le préalable à une politique d’exigence et de justice sociale doit être de préserver dans l’école le bien-être des enfants et des adolescents, qui n’est pas antithétique de l’effort et du travail. Dans l’enceinte de l’école laïque, chaque enfant doit pouvoir se sentir accueilli, préservé des discours dévalorisants, encouragé. Je veux y veiller. Je serai très attentif aux élèves en situation de handicap, à la continuité de leurs parcours et à améliorer le statut de nos personnels qui au quotidien les accompagnent dans l’école et dont le temps de travail partiel est trop souvent subi.

Le lieu partagé de l’école doit aussi permettre à toutes les personnalités de s’épanouir et bannir toute parole d’intolérance. Cet esprit de vigilance, d’écoute, doit aussi concerner les actes et les paroles de discriminations, de haine raciste, antisémite, de violence sexiste ou sexuelle. Le bien-être des élèves nécessite que l’école soit un lieu sans préjugés, sans paroles et sans actes d’intimidation, un lieu laïque également. Il nécessite aussi d’améliorer la qualité de ce temps et de ce lieu communs en développant l’éducation artistique et culturelle et la pratique sportive.

Le quatrième axe est la question écologique. Elle se pose de manière urgente et cruciale. Le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse doit engager, dans toutes ses dimensions, une mobilisation forte sur le sujet. Cela inclut une refonte de nos actions avec les collectivités territoriales sur le bâti scolaire. Cela suppose aussi de renforcer, dans les programmes scolaires, l’enseignement sur le sujet. Je saisirai à ce sujet le Conseil supérieur des programmes.

Rien ne se fera sans les professeurs. Notre dernier axe, et principal vecteur de l’ensemble de ces politiques, c’est bien sûr larevalorisation du métier d’enseignant. La baisse continue depuis plusieurs années de l’attractivité des concours de recrutement est un signal d’alarme, la preuve d’une crise qui concerne les conditions de travail, la dynamique et les évolutions de carrière, la représentation sociale du métier et aussi une situation économique qui n’est plus à la hauteur des efforts exigés.

La prochaine rentrée intervient dans un contexte délicat de tensions à propos du recrutement. Des mesures ont été prises pour y remédier et répondre aux enjeux les plus immédiats. Mais de façon plus structurelle, ce sont le statut de nos professeurs dans la société, l’autorité du savoir et leur rôle irremplaçable dans l’instruction et l’élévation de nos élèves qui doivent être réaffirmés avec force. Cette reconnaissance symbolique est primordiale. Elle implique de consacrer un effort particulier et significatif à la hausse des rémunérations si l’on veut créer un « choc d’attractivité », attirer et conserver nos jeunes collègues.

Cet investissement est essentiel : mieux rémunérer les professeurs, mais aussi – et je relie volontairement ces deux objectifs – mieux les former tout au long de leur carrière dans l’intérêt supérieur de la réussite de nos élèves.

Mesdames et Messieurs les professeurs, chères et chers collègues, je salue votre implication dans l’exercice d’un métier dont nous dépendons tous, je salue vos compétences au service de nos élèves. Ma considération, mon estime, vous sont acquises. Je ne pourrai réussir ma mission sans votre soutien. Je mesure ma responsabilité devant vous, pour que nous réussissions ensemble à rendre l’école plus juste, plus efficace, plus écologique. Je vous remercie chaleureusement et vous souhaite des vacances heureuses.

Pap NDIAYE

Ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse

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